REFLEXIONS. Pour 2021, après un 20/20, difficile mais possible de faire mieux (cela dépendra en quel
- laurenttrail94
- 4 janv. 2021
- 4 min de lecture
L’année 2021 s’annonce à première vue bien plus sereine que 2020. Les élections américaines, le Brexit, les tensions sino-américaines, les craintes autour de l’arrivée d’un vaccin, celles autour du risque crédit sont derrière nous. Les opérations de M&A n’ont jamais été aussi nombreuses, validant des valorisations élevées, les Banquiers centraux continuent de jouer les garde-fous en inondant de liquidités tout en absorbant simultanément le risque marginal. Les principales échéances à redouter cette année semblent être les évènements sportifs ! Combien de podiums, combien de médailles semblent être les seules inconnues. Tout le reste devrait continuer sur la lancée des 6 derniers mois. C’est ce que je peux lire dans 99% des cas. Rassurant.
Je me compte parmi les optimistes pour ce qui concerne les marchés d’actifs risqués et notamment les actions, en monnaie locale, qu’il s’agisse des marchés émergents, US ou européens. Tout le bémol réside dans les effets devises attendus pour 2021 et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Serait-ce déraisonnable d’anticiper un dollar à 1.50 ou 1.60$/€ ou un Yuan à 6 voire 5.5 CNY/$ dans un an?
Nullement si nous estimons que tout Président démocrate qui se respecte aux USA joue depuis Keynes plus ou moins volontairement la dévaluation, gage d’inflation importée et de relance sur les marchés étrangers. Un scénario gagnant-gagnant dans le cas présent aussi longtemps que la Fed se portera garante de l’absence de remontée des taux. La politisation dans ce contexte de la Fed renforcée par l’arrivée de Me Yellen au poste de secrétaire d’Etat demeure le risque majeur sur les marchés à moyen terme et la baisse actuelle et future du dollar est le premier symptôme de cette nouvelle pandémie, la politisation de tout acte, parole, pensée.
Nous avions connu en démocratie des frontières étanches entre les différents pouvoirs (exécutifs, législatifs, judiciaires), entre les sciences et la morale, entre les ragots et les faits, entre l’intox et la vérité, entre une politique monétaire et une politique fiscale et économique. A tous les niveaux cette frontière disparaît, et la confiance avec. Acceptons de valoriser l’intangible davantage que le tangible, c’est ce que les bourses font depuis 2 ans et avec raison dans la majeure partie des cas dans la mesure où nous sommes entrés dans l’ère digitale. Mais appliquer ce principe à tous les actes de la vie économique et sociale, voire personnelle et nous basculerons dans un déni de la valeur absolue au profit d’une valeur relative qui naturellement tend vers le plus petit dénominateur commun. C’est ce qui explique le succès des actifs physiques, alternative au cash, la monnaie fiduciaire garantie par les Etats, le succès des monnaies digitales, de l’or, du moindre bien matériel qui nous permettrait le cas échéant de recourir de nouveau au troc en abandonnant nos précieux dollars ou €. En quelque sorte tout ce qui peut avoir une valeur de revente, acceptable par tous.
Une illustration de ce risque d’effondrement de la confiance dans les monnaies : la rapidité ces derniers jours avec laquelle le peso cubain domestique a perdu de sa valeur dès lors que le peso cubain convertible a été supprimé. Comme un château de carte, pourtant déjà bien vacillant mais qui tenait jusqu’alors on ne sait comment, l’économie cubaine s’effondre. Pour beaucoup de lecteurs, l’exemple semblera anecdotique et surfait car cela fait 30 ans qu’en l’absence de subventions russes l’économie est au bord du gouffre, la société exsangue et le seul espoir, la fuite. Mais je pourrais utiliser l’exemple inverse et la rapidité avec laquelle l’Allemagne de l’Ouest contre vents et marées a décidé de convertir (8 mois après la chute du mur) le Mark est-allemand en Deutsche Mark ouest-allemand. L’économie allemande a mis 15 ans à s’en relever, mais le pacte social de chaque côté du mur était scellé. Le dollar en 2021 basculera-t-il de pierre angulaire à pierre d’achoppement ?
Aussi cette stratégie que l’on nommera TSDC, Tout Sauf Du Cash, continuera de gonfler les valorisations des actifs boursiers, réduira le risque de baisse du marché immobilier, alimentera la spéculation sur les matières premières au bémol du risque fiscal qui s’appliquera à la détention et revente de ces actifs. Cela demeure l’épée de Damoclès ultime et la mise en œuvre du programme du nouveau Président américain validera ou pas à court/moyen terme ce risque. Nous pouvons aussi considérer que le premier actif qui devrait être universellement taxé pour les particuliers dès cet année est bien évidemment le cash ; mais cette fois-ci la taxe est appliquée par les Banques Centrales grâce aux taux d’intérêts négatifs. D’où mes craintes de nouveau autour de la perméabilité entre les différents rôles dévolus aux Etats et Banques Centrales.
Je ne souhaiterais pas que ces vœux pour 2021 sonnent trop alarmistes mais la pratique de la course en montagne m’a suffisamment montré que, aussi évidente soit-elle a priori, l’arrivée aux cols ne peut se faire sans une bonne gestion des risques (de change, de liquidité, de fiscalité dans le cas présent).
Aussi je vous souhaite une Année 2021 sinon radieuse au moins tempérée, avec une bonne condition physique et mentale, un équilibre familial et professionnel pour que vous puissiez gravir avec vos proches et vos collègues des sommets toujours plus hauts.
A bientôt.
Laurent
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