REFLEXIONS. C’est quand les marchés sont volatils qu’il faut chercher la poule aux œufs d’or.
- laurenttrail94
- 21 mai 2020
- 4 min de lecture
Je mentionnais hier l’intérêt d’une souscription nationale ou plutôt internationale, mais quand est-il des produits qui émergeront tels la tulipe en mai parmi les offres de fonds à destination d’une épargne courte qui ne cesse d’enfler. Nous pourrions argumenter que l’épargne excédentaire crée depuis mi-mars uniquement liée au Covid 19 devrait être réinvestie dans cet emprunt multi-national (50 Mds€ juste pour la France). Cela ferait plaisir à Lavoisier pour qui « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cela règlerait aussi les problèmes d’excédents sur le Livret A qui semblent devenir la patate chaude de tout ministre des finances.
Quels pourraient être les autres produits d’investissement post-covid19 ?
Celui qui arrive en premier position, toutes catégories confondues (action/ crédit/ obligation) est sans conteste les fonds ESG. C’est aussi l’occasion de qualifier d’ESG tout ce qui n’est pas « traditionnel » ou quantitatif, cela permet d’exclure les HF et de parler à la conscience populaire que nous pouvons réparer nos fautes. En effet si nous agissions tous tout le temps selon les principes ESG toutes les actions seraient dans le sens propre du terme ESG. Cette évidence que les fonds ESG doivent prendre une place de plus en plus importante dans notre allocation d’actifs s’impose, mais je ne souhaite pas non plus que l’ESG tombe dans une sorte de politiquement correct où nous récompensons les bons et encourageons les mauvais pour qu’ils fassent mieux plus tard. Un travers que l’on retrouve de parfois dans des gestions qui soupoudrent de vert leur fonds. Si on accepte le « peut mieux faire » en ESG, toute la cote est éligible et on vous expliquera que grâce au tabac vous soutenez l’écosystème des Landes et la diversité des plantations.
C’est à cet instant que je trouve stupéfiant qu’il n’y ait pas plus de HF se spécialisant dans l’ESG. Je sais que pour l’ESG, vendre à découvert est mal. Ce qui signifie que sanctionner est mal, plutôt ne rien dire (on ne fait rien) ou on encourage (on achète). Je pense que les labels ESG devront sur ce point faire évoluer leur doctrine.
Reste ensuite une grande inconnue pour moi : l’absence de fonds confessionnel parmi l’offre marketing. La religion ne saurait être un style ou une thématique mais comme il existe des fonds charia, pourquoi n’existe-t-il pas des fonds d’autres religions?
Les fonds sectoriels retrouvent un attrait par réaction aux biais pris par les fonds thématiques. Un fonds santé constitué de biotech et valeur pharma ne performera pas comme un fonds vieillissement de la population qui reprend beaucoup de valeurs communes mais l'élargira à la consommation et aux services financiers. Citons donc les fonds pharma / medtech / business services /télécoms.
Parmi les fonds thématiques qui devront immédiatement après la crise gagner en flux citons de manière évidente ceux autour de la biotech, e-commerce, IA, robotique et automatismes.
Dans une optique plus moyen terme, nul doute que les fonds ETF factoriels vont continuer de gagner des parts de marché mais l’échec des fonds rendements, absolus ou dynamiques, rappelle combien ces fonds sont tactiques et comportent des biais sectoriels majeurs (surexposition des financières dans le rendement, surexposition de la tech dans la croissance, surexposition pétrole dans value).
Les produits de volatilité sont toujours absents. Les ETF sur Vixx ont commencé à être commercialisé à partir de 2009 et les difficultés de structurer un produit qui s’appuie sur des futures qui basculent rapidement entre contango et backwardation selon les périodes de forte ou faible volatilité limitent son attrait. Cela restera donc juste du niveau de discussion philosophique.
Les fonds pariant sur la relocalisation sont en revanche complètement absents. Souvenons-nous de la pléthore il y a 10 ans de « global » fonds investissant sur la globalisation, la multiplication des transports, des communications, le développement des émergents. Qu’en est-il du « Local » fonds ?
“The last mile Funds” ou “The last 1000 miles Funds” pour être européen, offrirait des opportunités pour investir dans le développement de la 5G, les flux de distribution peu générateurs de CO2 (transport routier et ferroviaire), le digital local qui permet au petit commerçant du coin de la rue de trouver une vitrine et une infrastructure de livraison à la Just Eat, les services externalisés aux entreprises qui permettent la reconstitution rapide d’un éco-système autour de la fabrication d’une usine. Le process est partiellement intégré dans certains fonds ESG mais au regard des tensions géopolitiques, la montée des protectionnismes, des tarifs douaniers, cela a plutôt profité au retour des fonds pays. Le Brexit a été un élément déclencheur de cette prise de conscience avec bien sur tous les risques que cela peut aussi comporter en termes de hausse des coûts et de pressions sur les marges ou le CF. Donc la performance peut être inversement proportionnelle à son attrait théorique, mais cette période d’ajustement passée et l’expérience accumulée permettraient d’avoir un fonds investissement du Global to Local.
Il est difficile dans une basse-cour de trouver la poule aux œufs d’or mais rien n’empêche de commencer à surveiller leur régime alimentaire, leurs habitudes et leur génétique pour finalement identifier le bon volatile. Et surtout éviter de se le faire chaparder par le premier renard venu.
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