REFLEXIONS. A la rentrée, quelles matières choisir? Les premières !
- laurenttrail94
- 12 juin 2020
- 3 min de lecture
Remercions Descartes qui, le premier, a permis que l’on se penche sur la matière, opposée de l’esprit. Pourtant il n’avait pas fallu l’attendre pour que les premières activités de négoce que notre esprit puisse concevoir soient des matières premières pour aboutir à la première crise financière, contemporaine de Descartes, celle des Tulipes. Les matières premières agricoles sont donc logiquement notre première décision d’allocation d’actifs, et c’est d’ailleurs le réflexe de nombreux concitoyens à l’annonce du confinement de stocker matières alimentaires. Ne devrions-nous pas suivre ce raisonnement pur pour aussi dans l’allocation d’actifs financiers augmenter la pondération des matières premières ?
Le 12 mais dans « l’existence précède l’essence » je signalais déjà comment le pétrole et l’or s’affirmaient comme les deux gagnants d’un monde dans lesquelles contingences (politiques, économiques pour le pétrole) et rareté (pour l’or) déterminaient les cours. C’est aussi vrai pour les autres matières premières que sont le fer, le cuivre, l’argent ou le nickel. Le rattrapage de la demande post pandémie et la probabilité d’une relance de la croissance par des grands programmes d’infrastructures (c’est déjà le cas en Chine, mais cela devrait s’accélérer en Europe et aux USA) font face à une contraction de la production de zones touchées par la Covid (Amérique latine) ou à des impératifs écologiques (Australie). Le facteur majeur qui devrait alimenter une hausse marginale du ROIC d’un investissement dans les matières premières est la raréfaction des sources de financement dans un monde décarboné, dans lequel les banques, gestionnaires d’actifs, fonds souverains réduisent la part dévolue aux investissements dans les matières fossiles. Je ne porterai pas de jugement sur la manière dont l’esprit du temps juge la matière non renouvelable, la nécessité des impératifs ESG est une évidence, mais dans une optique de diversification, les matières premières devraient reprendre un poids croissant :
1) Dans un contexte de baisse du dollar en lien avec les élections américaines et la multiplication des plans d’expansion du déficit budgétaire US, les actifs réels et alternatifs devraient se revaloriser, en premier lieu les matières premières.
2) Les moindres CAPEX en lien avec la chute depuis 2014 des matières premières conduisent à un horizon de 10/15 ans à une forte hausse des ROCE.
3) Des taux d’intérêt réels qui pourraient rester négatifs encore pendant longtemps.
4) Des facteurs climatiques qui impactent les CAPEX futurs (inondations en Australie, rupture des barrages au Brésil).
5) Des impacts ESG de plus en plus forts dans les décisions de CAPEX futurs (moindre utilisation des ressources en eau par exemple) limitant les productions futures.
6) Le lancement de marchés à terme en Chine alimenterait une financiarisation supplémentaire des matières premières avec paradoxalement un affaiblissement du nombre d’intermédiaires (récentes faillites de sociétés de négoces).
7) Une demande du monde d’après qui nécessite plus de cuivre (5G), plus de fer (urbanisation), ou de métaux rares (batteries).
Je constaterais que les matières premières, passé l’effet panique en mars lié au confinement et à la baisse de la demande, se sont remarquablement comportées depuis le début d’année (à l’exception de l’aluminium dont la demande reste en berne et dont la production augmente massivement). Après une chute de 25 à 30% nous revenons soit en territoire positif (fer) soit dans des zones en 0 et -10% (cuivre, nickel). Et ceci après une année 2019 qui avait déjà été bonne en dépit des craintes autour des barrières douanières entre les Chine et les USA. Cette résistance au crash-test de la pandémie est un facteur supplémentaire pour nous rassurer sur la rationalité cartésienne à renforcer les minerais et métaux.
Plus complexes sont les véhicules d’investissements : les valeurs minières diversifiées ne profitent pas de la même corrélation que présentent valeur aurifères et prix de l’or. Tous ces impératifs ESG, climatiques, écologiques, WACC en hausse alimentent un EVA très aléatoire dans la phase actuelle et l’investissement dans les différents sous-jacents reste préférable (quand cela est possible) à un renforcement dans les valeurs minières diversifiées.
A demain,
Laurent
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