REFLEXIONS. Naitre ou ne pas être, that is the question.
- laurenttrail94
- 16 mai 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 mai 2020
Les crises sont toujours l’occasion de s’interroger sur nos erreurs, mais surtout de penser le monde de demain sans le carcan d’une série statistique du cycle passé. Le momentum ayant basculé de la croissance vers la récession, les scenarii sont aussi nombreux que les stratégistes : toutes les lettres de l’alphabet y passent avec une prédilection pour les U, V, W ou L. J’étais déjà revenu la semaine dernière sur les faux et les vrais défensifs avec en filigrane la question de la pérennité du business model d’un secteur ou d’une entreprise. On peut aussi s’interroger sur la pérennité de nos modes de consommation et sociabilisation, modes de travail et de gestion de l’autre. Jamais une crise n’a cumulé autant de questions et la difficulté réside dans la synthèse qui sera faite dans les 18 prochains mois.
Ma crainte réside dans la victoire d’un modèle à la japonaise post crise de 1990 avec un confinement de la consommation, un confinement des familles (le phénomène des hikikomori), avec le travail comme seul norme d’émancipation et encore toute relative si l’on observe la faible avancée et reconnaissance du travail des femmes sur les 3 dernières décennies au Japon. La conséquence d’une société marquée par une absence d’espoir de rebond, un nihilisme d’état, a conduit la démographie à s’effondrer avec l’explosion de l’épargne de précaution et la mise en place de mondes virtuels pour dépasser le cadre déprimant d’une société fermée. Pourquoi investir, un pari sur l’avenir, si le ROCE va décroissant ? Pourquoi consommer si votre univers se résume aux 4 murs de votre chambre et de votre bureau ? Pourquoi épargner si le TRI est négatif, si ce n’est par défaut. Il ne s’agit plus là d’allocation d’actifs dans une approche patrimoniale (l’acquisition de biens futurs, la transmission d’un héritage) si vous n’avez pas d’enfants. Il n’y a plus de choix, mais plus que des non-choix.
Trop souvent minoré, l’impact de la démographie comme facteur fondamental de la croissance, en même temps que de l’allocation d’actifs des acteurs économiques est fondamental. Et il nous appartiendra de voir dans la durée si nous basculons, non pas seulement financièrement mais aussi démographiquement, dans une spirale japonaise. A court terme, et c’est une des raisons de mon optimisme post 2022, nous allons avoir un fort rebond de la natalité, post épisode de confinement. Ce sera nullement anecdotique quand on connait l’impact justement que cela a sur la décision d’acquisition de nouveaux véhicules, d’un habitat plus grand et surtout d’une projection dans l’avenir. En quelque sorte cette crise pourrait aussi valider la thèse de Schumpeter sur la destruction créatrice des crises, à condition que les freins sociaux ou culturels ne l’emportent pas.
« Le pire n’est point tant que nous pouvons dire : voici le pire » disait Shakespeare. Plus nous serons nombreux à pouvoir le dire, moins le pire sera.
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